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06/12/2011

AH, C'EST BEN VRAI CA !

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VIEILLIR selon Bernard Pivot

Extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie

 

Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.

Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus!

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? -- Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. – Parce que j’ai les cheveux blancs? – Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ç’a été un réflexe, je me suis levée…-- Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous? –Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… --Une question de quoi, alors? – Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 enla majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non, Mozart.

Commentaires

OUFFFFF !!!!!!!!!!!!! comme tu as raison, que c'est " chiant " de vieillir, je m'en rends compte de plus en plus, dans tous les gestes de la vie courante, toutes ces petites douleurs qui s'insinuent dans notre corps, nous nous sentons souvent seuls, et pourtant nous recherchons souvent la solitude pour avoir un peu de calme. Et c'est là que tout devient compliqué...........
Quand je constate que mes parents vieillissent de plus en plus, qu'ils vont allègrement vers leurs 83 et 84 ans, je me dis que la vieillesse peut-être bonne, mais quand on y regarde de plus près, ont ne peut que constater que l'isolement se fait de plus en plus , surtout quand Papa m'appelle pour m'annoncer encore d'un décès d'un de leurs amis qui sont presque tous partis, il ne leur reste plus qu'un couple d'amis, quand je l'entend me dire qu'il est en pleine forme, je le crois, mais la question récurante qui revient souvent est : quand venez-vous nous voir ? comme j'aimerais aller les voir très souvent, malheureusement j'ai ma vie et je ne peux pas me libérer comme je l'aimerais surtout avec ces 280 km qui nous séparent. Heureusement le tél est là et nous permet de communiquer autant que nous le voulons autant que nous en avons besoin. Notre grande complicité existe toujours et ça c'est primordial.

En reprenant la dernière phrase de ton texte :

Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge?

Oui profitons de la vie, prenons la comme elle vient, le bonheur est à notre portée si nous savons le voir.

Dès la naissance, nous avons un capital vie, nous le savons mais quand nous arrivons à l'âge d'une certaine sagesse, nous nous rendons compte que nous sommes passés à côté de beaucoup de choses,
Amitiés chère Ginettes

Écrit par : soezic | 07/12/2011

Ginette, ce texte me touche bcp, il me rappelle mon pere, mort l'an passé et qui jusqu'a la fin, ma mere l'ayant abandonné pour la maison de retraite s'est mis en recherche une amitié masculine ou de preference feminine, non pour la gaudriole, il avait 88 ans, mais pour briser le silence des jours... et qui jusqu'a la fin s'est battu comme un vieux lion avec son sourire goguenard, se levant chaque jour pour accomplir de ses denieres forces les gestes essentiels ou derisoires de la vie, et qui tombé dans sa cave ou il est resté 2 jours s'est mis a engueuler les pompiers venus le secourir et qui voulaient l'envoyer a l'hopital...

Écrit par : puzzle | 08/12/2011

Salut Ginette. Très clair ce Pivot. Je l'ai croisé cet été à Ceret lors d'un casting, il n'a pas l'air si marqué. Et sa compagne est jeune et ravissante. Biz

Écrit par : lutinbleu | 09/12/2011

Vivons car il est sans doute plus tard que nous croyons ....quant au concerto 23 de Mozart j'adore !!

Bises

Écrit par : Ulysse | 09/12/2011

Ginette , vous nous avez caché la suite de l'histoire, le lendemain dans le metro, Pivot est asssis, le jeune fille arrive et lui dit :
_ Excusez moi, Monsieur pivot, je suis enceinte, est-ce que vous pouvez me laisser la place??
Pivot s'execute de bonne grace, mais devant la minceur de la jeune fille s'etonne et lui demande :
_ Pardon, mademoiselle, excusez mon impudence, mais si je peux me permettre, ca fait longtemps que vous etes ... enceinte ???
_ Ah non! Fait la jeune fille, essoufflée et ebouriffée, ca fait une demie-heure... Mais "ca coupe les pattes" ce truc la !!!

Écrit par : puzzle | 09/12/2011

je crois qu'en toutes circonstances l'humour est un très grand remède.

Écrit par : ginette | 09/12/2011

vieillir c'est rajeunir à l'envers !
bises

Écrit par : pierrot le zygo | 11/12/2011

Les commentaires sont fermés.